1.3 Le feu et ses conséquences

La mise en œuvre des moyens d'extinction

À l'issue de ce chapitre, vous saurez

  • choisir l'extincteur adapté à une classe de feu et lire son marquage
  • appliquer les règles de dotation et d'implantation des extincteurs en ERP et en IGH
  • décrire un robinet d'incendie armé et expliquer ses diamètres nominaux
  • expliquer le principe de l'extinction automatique et les cas où elle est exigée
  • adopter les gestes qui protègent l'intervenant lors d'une attaque de début d'incendie

Introduction

Un feu maîtrisé dans la première minute est un incident ; le même feu laissé cinq minutes peut devenir une catastrophe. Les moyens de première intervention (extincteurs et robinets d'incendie armés) et les installations automatiques sont la réponse à cette course contre la montre. Le chef de service doit savoir les choisir, vérifier leur implantation, former ses agents à leur emploi et défendre leur budget. Au QCM, le thème revient à la fois dans les questions sur le feu et dans celles sur les règlements ERP et IGH.

Essentiel

Les extincteurs

Principe. Un extincteur est un appareil qui projette un agent extincteur sous l'effet d'une pression. Le choix de l'agent dépend de la classe de feu (chapitre 1.1) : un agent efficace sur une classe peut être inutile, voire dangereux, sur une autre.

Extincteur

Mode d'action principal

Classes de feu

Points d'attention

Eau pulvérisée (avec ou sans additif)

Refroidissement ; l'additif forme un film qui étouffe les liquides

A ; B avec additif

Extincteur de base des locaux ; vérifier le marquage avant usage près d'installations électriques

Poudre ABC (polyvalente)

Inhibition ; croûte isolante sur les braises

A, B, C

Très efficace mais salissante ; nuage qui réduit la visibilité

Poudre BC

Inhibition

B, C

Inefficace sur les feux de classe A

Dioxyde de carbone (CO₂)

Étouffement

B ; feux d'origine électrique

Refroidit peu : risque de reprise sur les braises ; peu efficace en plein air ; ne pas l'utiliser dans un petit local occupé

Extincteur classe F

Saponification et refroidissement de l'huile

F

Réservé aux cuisines

Poudre spéciale classe D

Étouffement par une croûte

D

Réservé aux ateliers utilisant des métaux

Lire le marquage. L'étiquette d'un extincteur indique ses foyers-types, c'est-à-dire les feux d'essai normalisés qu'il a réussi à éteindre (réf. 5). Pour la classe A, le chiffre correspond à la longueur d'un foyer de bois en décimètres : « 55 A » signifie qu'il a éteint un foyer de 5,5 m. Pour la classe B, le chiffre correspond au volume de liquide en litres : « 233 B » signifie qu'il a éteint un feu de 233 litres de combustible. Plus les chiffres sont élevés, plus l'extincteur est efficace.

La dotation. Dans les ERP, la règle générale est d'au moins un extincteur à eau pulvérisée de 6 litres pour 200 m², avec au moins un appareil par niveau (articles MS 38 et MS 39, réf. 24). Le Code du travail fixe le même minimum pour les lieux de travail (réf. 31). Des extincteurs adaptés complètent ce dispositif près des risques particuliers : CO₂ près des tableaux électriques, classe F en cuisine. Les appareils sont visibles, signalés, facilement accessibles et vérifiés périodiquement ; leur implantation figure au registre de sécurité.

Choisir le bon extincteur
Figure 1.7 — Choisir le bon extincteur

Les robinets d'incendie armés et les colonnes

Principe. Le robinet d'incendie armé (RIA) est un moyen de première intervention raccordé en permanence au réseau d'eau : il offre une réserve d'eau illimitée, là où un extincteur se vide en quelques secondes. Il se compose d'un robinet d'arrêt, d'un dévidoir, d'un tuyau semi-rigide qui reste rond même enroulé (on peut donc l'utiliser sans le dérouler entièrement) et d'une lance diffuseur (réf. 27, 28).

Les diamètres nominaux. Un RIA est désigné par deux nombres : le diamètre intérieur du tuyau et le diamètre de l'orifice de la lance, en millimètres. Les modèles courants sont le DN 19/6, le DN 25/8 et le DN 33/12 (réf. 24, 27). Dans les magasins (type M), le règlement retient le DN 19/6 ou le DN 25/8 (réf. 23) ; en IGH, le DN 25/8 est la référence. Le nombre et l'emplacement des RIA doivent permettre d'atteindre toute la surface des locaux avec le ou les jets exigés (article MS 15).

Les colonnes. Les colonnes sèches et les colonnes en charge (dites « humides ») ne sont pas des moyens de première intervention : ce sont des canalisations fixes qui permettent aux sapeurs-pompiers de disposer d'eau dans les étages sans dérouler de tuyaux dans les escaliers. La colonne sèche est alimentée par les engins des pompiers depuis l'extérieur ; la colonne en charge est remplie en permanence. Le rôle du service de sécurité est de guider les secours vers leurs raccords et de s'assurer qu'ils sont accessibles et vérifiés.

Le RIA : composition et diamètres
Figure 1.8 — Le RIA : composition et diamètres

L'extinction automatique

Principe. Une installation d'extinction automatique agit sans intervention humaine, dès les premières minutes du feu. Le système le plus répandu est le sprinkleur : un réseau de canalisations en eau équipé de têtes fermées par une ampoule ou un fusible. Sous l'effet de la chaleur, seules les têtes situées au-dessus du foyer s'ouvrent et arrosent le feu, en déclenchant l'alarme. Il ne s'agit donc pas d'un arrosage général du bâtiment (réf. 29). D'autres systèmes utilisent des gaz (gaz inertes, CO₂) pour protéger des locaux où l'eau serait dommageable, comme les salles informatiques ou les archives.

Quand est-elle exigée ? Le règlement ERP permet à la commission de sécurité de l'imposer dans tout ou partie d'un établissement (réf. 24). Elle est obligatoire dans les magasins et centres commerciaux dont la superficie des locaux de vente, mails compris, dépasse 3 000 m² (article M 26, réf. 23). Depuis 2017, le texte exige une « installation d'extinction automatique à eau appropriée aux risques » et non plus nécessairement un sprinkleur, même si ce dernier reste la solution la plus courante.

Les locaux qui la servent. Les réserves d'agent extincteur (bouteilles de gaz sous pression, poste de contrôle des sprinkleurs, réserve d'eau) sont indispensables au fonctionnement de l'installation. Ils sont protégés et isolés du reste du bâtiment pour que le feu ne puisse pas neutraliser le système qui doit le combattre.

Le sprinkleur : comment il se déclenche
Figure 1.9 — Le sprinkleur : comment il se déclenche

La sécurité de l'intervenant

Principe. L'agent qui intervient sur un début d'incendie ne doit jamais se mettre en danger : un extincteur ne sert qu'à éteindre un feu naissant. Les gestes clés sont simples et doivent devenir des réflexes, entretenus par les exercices (chapitre 7.1).

Geste

Pourquoi

Donner l'alerte avant ou pendant l'attaque

Si l'attaque échoue, les secours sont déjà en route.

Garder une issue dans son dos

Pouvoir se replier si le feu progresse ou si les fumées envahissent le local.

Viser la base des flammes, en balayant

C'est là que se trouve le combustible qui alimente le feu.

Couper l'énergie (électricité, gaz) quand c'est possible

Supprimer la source d'alimentation ou le risque d'électrocution.

Ne pas ouvrir une porte chaude

Risque d'explosion de fumées (chapitre 1.1).

Surveiller le foyer après extinction

Les braises peuvent raviver le feu, surtout après un extincteur à CO₂ ou à poudre.

Le cas du gaz. Sur une fuite de gaz enflammée, on ne cherche pas à éteindre la flamme : on coupe l'alimentation. Une flamme éteinte sur une fuite qui continue libère du gaz qui peut former un mélange explosif. Les installations de gaz des ERP comportent pour cela des organes de coupure accessibles ; leurs règles ont été réécrites par l'arrêté du 23 février 2025, applicable depuis le 1er janvier 2026 (réf. 26).

Attaquer un début de feu : les bons gestes
Figure 1.10 — Attaquer un début de feu : les bons gestes

Pièges

Ce que l'on croit souvent

Ce qui est exact

Question concernée

La couverture anti-feu est un agent extincteur

C'est un moyen d'étouffement, pas un agent extincteur

Q1.3.1-01

L'eau éteint tous les feux

Sur un liquide inflammable, l'eau seule étale le feu

Q1.3.1-02

« 55 A » indique la contenance de l'extincteur

C'est sa capacité d'extinction (foyer-type de 5,5 m)

Q1.3.1-03

En IGH, les extincteurs sont d'abord comptés au m²

La règle d'implantation les place près des accès aux escaliers

Q1.3.1-05

Un RIA utilise un tuyau souple

Il utilise un tuyau semi-rigide ; le tuyau plat équipe les postes d'eau

Q1.3.2-02

Le sprinkleur de type M dépend de l'effectif

Il dépend de la superficie des locaux de vente (plus de 3 000 m²)

Q1.3.3-01

On éteint un feu de gaz avec un extincteur

On coupe d'abord l'arrivée de gaz

Q1.3.4-01

Synthèse

L'essentiel en 10 lignes

  1. Trois agents dans les extincteurs : eau (refroidit), CO₂ (étouffe), poudre (inhibe).
  2. Classe B : poudre ou eau avec additif ; jamais d'eau seule sur un liquide en feu.
  3. « 55 A » et « 233 B » mesurent une capacité d'extinction, pas une contenance.
  4. Dotation de base : un extincteur à eau de 6 L pour 200 m², au moins un par niveau.
  5. En IGH, extincteurs et RIA sont placés près des accès aux escaliers.
  6. Un RIA : robinet d'arrêt, dévidoir, tuyau semi-rigide, lance ; DN 19/6, 25/8, 33/12.
  7. Les colonnes sèches et en charge servent aux sapeurs-pompiers, pas au personnel.
  8. Type M : extinction automatique au-delà de 3 000 m² de locaux de vente, mails compris.
  9. Les locaux qui alimentent l'extinction automatique sont à risques importants.
  10. Feu de gaz : couper l'alimentation ; attaque au feu : issue dans le dos, base des flammes.

Donnée

Valeur

Source

Dotation minimale en extincteurs à eau

6 L pour 200 m², ≥ 1 par niveau

MS 38–39 (réf. 24)

Foyer-type « 55 A »

Bois sur 5,5 m

NF EN 3-7 (réf. 5)

Foyer-type « 233 B »

233 litres de liquide

NF EN 3-7 (réf. 5)

Diamètres nominaux des RIA

19/6 ; 25/8 ; 33/12

MS 14 (réf. 24)

Seuil d'extinction automatique en type M

3 000 m² de locaux de vente

M 26 (réf. 23)

Liens avec les autres chapitres

  • Chapitre 1.1 : classes de feu et modes d'extinction, sur lesquels repose le choix des agents.
  • Chapitre 3.5 : moyens de secours exigés selon le type et la catégorie de l'établissement.
  • Chapitre 3.6 : vérifications périodiques des extincteurs, RIA et installations automatiques.
  • Chapitre 7.1 : formation des agents et exercices de manipulation.
  • Chapitre 8.2 : contrats de maintenance des moyens d'extinction.

Bibliographie

[1] INRS, ED 990 « Incendie et lieu de travail. Prévention et organisation dans l'entreprise », Paris, INRS (édition en vigueur à vérifier).

[2] DGSCGC, Guide de doctrine opérationnelle « Interventions sur les incendies de structures », ministère de l'Intérieur, 2018.

[3] DGSCGC, Guide de doctrine opérationnelle « Prévention des risques liés à la toxicité des fumées », 2e édition, ministère de l'Intérieur.

[4] AFNOR, NF EN 2 — Classification des feux, norme en vigueur (à consulter sur Cobaz / AFNOR).

[5] AFNOR, NF EN 3-7 — Extincteurs d'incendie portatifs : caractéristiques, performances et méthodes d'essai.

[6] INRS, Fiche toxicologique FT 48 « Éthanol », mise à jour novembre 2019 (rubrique Incendie-Explosion : point d'éclair en coupelle fermée 13 °C).

[7] INRS, Fiche toxicologique FT 0 « À propos des fiches toxicologiques », édition 2023 (définition du point d'éclair et classement CLP des liquides inflammables).

[8] Règlement (CE) n° 1272/2008 du 16 décembre 2008 (règlement CLP), annexe I, partie 2, section 2.6 « Liquides inflammables ».

[9] Arrêté du 11 mai 2015 modifiant une série d'arrêtés ministériels pour prendre en compte la nouvelle nomenclature des installations classées, article 31 (définitions des catégories A à D de liquides inflammables).

[10] IUPAC, Quantities, Units and Symbols in Physical Chemistry (« Green Book »), 3e édition, RSC Publishing, 2007 (calorie thermochimique = 4,184 J).

[11] IUPAC, Compendium of Chemical Terminology (« Gold Book »), version en ligne (définitions : catalyseur, énergie d'activation, réaction exothermique, oxydoréduction).

[12] Techniques de l'Ingénieur, AF 3682 « Combustion et explosion de prémélanges gazeux et sûreté des installations » (déflagration, détonation, transition déflagration-détonation).

[13] France Hydrogène (ex-AFHYPAC), Fiche 7.1 « Inflammabilité et explosivité de l'hydrogène », source INERIS, révision 2022.

[14] Hurley M. J. (dir.), SFPE Handbook of Fire Protection Engineering, 5e édition, Springer, 2016 (chaleurs de combustion, comportement humain, toxicité).

[15] Drysdale D., An Introduction to Fire Dynamics, 3e édition, Wiley, 2011.

[16] Société française de médecine d'urgence (SFMU), « Antidotes et exposition aux fumées d'incendie », congrès Urgences 2014.

[17] Lapostolle F., « Intoxication par inhalation de fumées d'incendie », 2018.

[18] AFNOR, NF EN 1993-1-2 (Eurocode 3) — Calcul des structures en acier, partie 1-2 : calcul du comportement au feu.

[19] AFNOR, NF EN 1992-1-2 (Eurocode 2) — Calcul des structures en béton, partie 1-2 : calcul du comportement au feu.

[20] AFNOR, NF EN 1995-1-2 (Eurocode 5) — Conception et calcul des structures en bois, partie 1-2 : calcul des structures au feu.

[21] Arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les ERP, version consolidée (Légifrance).

[22] Grenfell Tower Inquiry, Phase 2 Report, Londres, septembre 2024.

[23] Arrêté du 22 décembre 1981 modifié (dispositions particulières du type M), article M 26 « Matériels d'extinction », version en vigueur depuis le 1er janvier 2018 (arrêtés du 13 juin 2017 et du 19 décembre 2017), Légifrance.

[24] Arrêté du 25 juin 1980 modifié, chapitre « Moyens de secours » : articles MS 14 et MS 15 (robinets d'incendie armés), MS 25 à MS 30 (installations d'extinction automatique), MS 38 et MS 39 (extincteurs), Légifrance.

[25] Arrêté du 30 décembre 2011 modifié (règlement de sécurité IGH), article GH 51 « Moyens de secours » [numéro et rédaction à vérifier dans la version consolidée].

[26] Arrêté du 23 février 2025 modifiant les dispositions du règlement de sécurité relatives aux installations de gaz (section GZ), en vigueur au 1er janvier 2026.

[27] AFNOR, NF EN 671-1 — Installations fixes de lutte contre l'incendie : robinets d'incendie armés équipés de tuyaux semi-rigides ; NF EN 671-2 (postes d'eau muraux équipés de tuyaux plats).

[28] AFNOR, NF S 62-201 — Robinets d'incendie armés et postes d'eau : règles d'installation et de maintenance.

[29] AFNOR, NF EN 12845 — Installations fixes de lutte contre l'incendie : systèmes d'extinction automatique du type sprinkleur.

[30] CNPP, Référentiels APSAD R1 (sprinkleurs), R4 (extincteurs portatifs) et R5 (robinets d'incendie armés), éditions en vigueur.

[31] Code du travail, article R. 4227-29 (dotation minimale en extincteurs des lieux de travail).